Présentation de La Cousine Bette :

Ce roman est le premier d'un diptyque romanesque d’Honoré de Balzac (1799-1850), publié à Paris en feuilleton dans le Constitutionnel d’octobre en décembre 1846 (La Cousine Bette), et de mars à mai 1847 (Le Cousin Pons), et en volume chez Chlendowski et Pétion en 1847 et 1848.

Balzac avait déjà abordé le thème du parent pauvre dans Pierrette. Fondé sur une symétrie inverse, le présent diptyque oppose le triomphe de la méchante Bette à la chute progressive des excellents Pons et Schmucke. Écrits dans une période difficile pour l’auteur, ces romans pessimistes, parmi les plus noirs de la Comédie humaine, et «mis en pendant comme deux jumeaux de sexe différent», sont placés sous les signes d’Éros et de Thanatos. La Cousine Bette connut un succès étourdissant, alors que Balzac, épuisé, doutait de sa puissance créatrice. Difficilement commencé, mais rédigé pour l’essentiel en quelques jours, le texte accumule tous les éléments d’une vision sombre, fortement dramatisée.

 

Résumé de La Cousine Bette

En 1799, Adeline Fischer, fille de paysans lorrains, a conquis le baron Hulot d’Ervy, qui l’a épousée avant de devenir un haut fonctionnaire de l’administration militaire. Par bonté, Adeline a fait venir à Paris en 1809 sa cousine Lisbeth, dite Bette. Cette parente pauvre est rongée par l’envie. Elle reporte sa tendresse de vieille fille refoulée sur Wenceslas Steinbock, Livonien exilé qu’elle a sauvé du suicide et qui vit en reclus chez elle. Or Wenceslas se fiance à Hortense, la fille d’Adeline. Nous sommes en 1838. Pour se venger, Bette sème la zizanie dans le ménage de Wenceslas, et encourage les débauches de Hulot avec l’exigeante Valérie Marneffe, qu’elle lui a jetée dans les bras. Hulot pille les caisses de l’État et précipite en 1841 la mort de son frère, maréchal sans reproche, que Bette devait épouser. Mieux encore, Bette a réussi à donner pour amants à Valérie Wenceslas et Crevel, un commerçant enrichi, qui repousse d’une manière offensante Adeline, venue s’offrir pour sauver son mari du déshonneur. En 1843, une intrigue parallèle, aboutissant à leur mort affreuse, met en scène Valérie et Crevel. Ce dernier a épousé Valérie et déshérité sa fille Célestine. Victorien Hulot, le mari de Célestine, fait appel à Mme de Saint-Estève, une parente de Vautrin. Valérie et Crevel meurent dans d’abominables souffrances, d’une lèpre mystérieuse. Alors qu’Adeline retrouve Hulot, d’abord caché avec l’ouvrière Olympe Bijou, puis approvisionné par Bette en maîtresses, et le ramène au foyer, Bette meurt de tuberculose et de jalousie. Mais Hulot est de nouveau saisi par le vice et promet à une fille de cuisine de l’épouser sitôt son veuvage. Ce dernier coup achève Adeline qui disparaît en 1846. Hulot épouse sa souillon et fait ainsi d’Agathe Piquetard une baronne.

Commentaire

Malgré la complexité de l’intrigue, le roman met avant tout en scène une catastrophe: la destruction de l’univers familial. Car si les méchants meurent, les bons ou les victimes disparaissent également, et les passions du baron Hulot entraînent l’ensemble dans leur maelström. À la fin de Bette, de Crevel et de Valérie, courtisane bourgeoise aux talents dignes de ceux d’Esther (voir Splendeurs et Misères des courtisanes), répond celle du maréchal Hulot et d’Adeline. Si la fiction privilégie par son titre la monomanie vengeresse de Bette, elle lui ajoute celle, sexuelle, du baron Hulot.

Outre les rapports étroits qu’elle entretient avec des figures réelles de la biographie balzacienne, Bette vaut d’abord comme personnage investi d’une énergie et d’une volonté peu communes. Véritable Vautrin femelle, puissance maléfique, Bette, plus encore que le bandit, ne peut exister que par autrui. Elle jouit de la vie par Valérie interposée, et reste pour l’essentiel un parasite social. Elle se différencie ainsi de Hulot qui, faute de pouvoir s’employer au service d’un État suffisamment ambitieux et engagé dans le siècle, applique son énergie à la quête frénétique des femmes. Plus encore que celle de la passion haineuse, la force du désir détermine des actions aux conséquences mortelles pour l’ordre social, remettant en cause le mariage lui-même.

Dominée par l’argent, la société du roman reflète la montée en puissance d’une nouvelle bourgeoisie commerçante, représentée par Crevel, calculateur cynique. Malgré sa dimension abominable, Bette est aussi une victime de cet univers glacé. Parente pauvre, elle est marginalisée par une famille aisée. La malédiction moderne écrase des êtres politiques incapables d’accéder à la maîtrise de leur destin (même l’artiste Steinbock ne peut créer). Fatalité à l’oeuvre dans un Paris une nouvelle fois exploré - en particulier grâce aux pérégrinations du baron Hulot -, l’exacerbation des passions et des intérêts aliène des personnages qui s’entre-détruisent.

Extrait du D.O.L.F


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