Tirer profit de la prépa:

L’enseignement en prépas comprend tout un dispositif au-delà des cours : colles, éventuellement travaux encadrés et conférences, préparation aux exercices spécifiques, synthèse, contraction (Ecricome), entretiens et l’exposé d’un ensemble d’informations: sur les sujets des concours des années passées, les rapports de jurys, les conférences extérieures, les bibliographies, le suivi de l’actualité politique, économique, nationale et internationale; la connaissance des écoles (caractères spécifiques, cursus, formation, information sur l’environnement socio-économique) la connaissance des milieux socioprofessionnels. 

 oral des concours des grande écoles

 L’entretien requiert en effet:

1 • la connaissance de l’école présentée (formation, région) et plus généralement celle de l’univers de l’entreprise et des fonctions tenues à l’issue de l’école (marketing, vente, audit, gestion des ressources humaines) dont on peut exiger une connaissance assez précise de la part des candidats sans y consacrer la totalité de l’entretien.

2 • un intérêt au monde contemporain et à l’actualité. Ce n’est pas une épreuve de connaissances mais la culture générale y est décisive (idées, sociétés). Le candidat doit révéler ses qualités intellectuelles. Avec l’écrit (contraction et synthèse exigent autant de culture que de technique) la culture générale est la clé de l’intégration

3• l’expression de la personnalité : motivations, dynamisme, capacité d’engagement, qualités relationnelles, aptitude à la communication.

 

Muni d’un éventuel questionnaire à remplir complètement, et à la suite d’un exposé de 5 ou 10 mn qui n’existe pas partout, le candidat mène un échange avec le jury, de 30 à 50 mn, et se présente : cursus, intérêts, motivations. La présentation matérielle doit être brève et efficace. Qui est-on ? Pourquoi est-on là ? Les expériences concrètes et leurs apports, la description brève des stages, avec leur vécu, leurs bénéfices et leurs conclusions doivent être nécessairement évoqués. On doit se garder des généralités vides, allusives, mais aussi des détails insignifiants. Préparez de petits « tiroirs » sur vos expériences et vos intérêts, exposés en quelques minutes mais sans vouloir à tout prix caser tel topo fastidieux. Il faut éviter de tout polariser autour d’un seul centre d’intérêt ou d’engager un exposé académique pesant. Choisissez quelques temps forts de vos activités; soyez intéressé vraiment par certains sujets, évoquez des images, des expériences humaines retenues de tel ou tel voyage, confrontez l’imaginaire et le réel de tel ou tel pays. La totalité de la culture générale doit être convoquée monde contemporain, actualité, idéologies (cf. la technocratie), régimes, partis et syndicats, institutions, chronologie, mythes et doctrines politiques et économiques (mercantilisme, colbertisme, physiocratie), formes juridiques de l’entreprise, faits de société, milieux (cadres, patronats, classe ouvrière), mentalités, traditions, débats (l’école et la vie ; les cultures et l’occidentalisme universaliste), générations intellectuelles, histoire des médias, modes, lieux de vie, de mémoire, caractères généraux du milieu d’origine (ville, département, région), géographie parisienne et régionale, quotidien, actualité économique, fiscalité, taux, salaires, pouvoir d’achat, TVA, chômage, CSG, ordres de grandeur, déficits), formules (l’exception française), slogans, devises, citations.

Il faut absolument proscrire les clichés et lieux communs médiatiques, tels: « l’obscurantisme » du passé, l’écologie comme folklore, la vertu du juste milieu, la rhétorique sur les « dérapages », l’art réduit à une évasion divertissante, l’image de l’islam dans les médias, les vertus extraordinaires du libéralisme à l’Est, la confusion dictature-totalitarisme, les lamentations sur les historiens et journalistes subjectifs, le modèle américain, l’évidence du Progrès et de la technique « neutre », les Français paresseux, les Japonais actifs, les syndicats archaïques et superflus...

Quelques questions peuvent être posées sur vos études, sur les sujets, les textes qui vous ont intéressé, les films vus, vos lectures: toute la presse et des textes d’intérêt socio-politique ou culturel significatifs, de préférence... 

Comment conduire l’entretien et s’y impliquer?

Ne soyez ni passif ni désabusé, ni rigide ni conformiste. Il faut savoir intégrer les objections du jury, comprendre ses réactions et pressentir ses attentes. Dans cette optique, une solide culture générale s’impose puisqu’il faut maîtriser tous les arguments de tous les débats contemporains (ex occidentalisme / autres cultures; civilisation US f culture européenne; les mythes dans la culture de masse; Eurodisney; le nouvel ordre mondial; les limites de la démocratie; la politique des transports; l’aménagement du territoire...). Essayez de percevoir comment vous êtes perçu pour « corriger le tir » s’il le faut, interrogez vous sur l’image que vous renvoyez au Jury. Ni passif ni toujours agressif, le jury n’apprécie guère les candidats trop « coincés », conformistes, sans ouverture ou sans motivation nette. Il faut soutenir l’intérêt, rythmer ses propos, créer et maintenir le contact, sans oublier ou trop privilégier un membre du jury: il faut les regarder tous (ne pas trop rester dans ses notes au cours de l’exposé). Il faut répondre efficacement et assez rapidement aux questions, déplacer ou élargir un peu le débat sans l’escamoter, surtout ne pas laisser le jury vous relancer sans cesse, donc ne pas subir. Il faut tenir 50 mn au plus, ne pas chercher immédiatement la prestation exceptionnelle (50 mn c’est long), s’adapter au rythme calme ou tendu, aux attitudes diverses du jury. Sachez distinguer les questions ouvertes ou fermées, ou « miroir ». Ne dites pas forcément ce que l’on veut vous faire dire, ceci pour éviter les contradictions, mais comprenez les idées avancées par le jury. Ne dites pas que vous aimez ou que vous détestez ce que vous ne connaissez pas (ex des doctrines caricaturées). Ne considérez pas qu’il existe une ligne imaginaire et idéale du parfait candidat (jeune cadre dynamique, marchés à l’Est, supermarché mondial) mais pensez quand même à un certain profil d’entreprise : dans le contexte actuel, les écoles veulent surtout des candidats bien orientés. Restez qui vous êtes, livrez votre personnalité, au-delà du cadre un peu rigide de l’entretien. Soyez naturel sans ton sentencieux ou familier. Evitez les lieux communs, le « juste milieu » et autres clichés. Evitez les attitudes physiques relâchées ou repliées et crispées. Maîtrisez votre nervosité et gardez pied face à des questions choquantes qui seront plus lancées que vraiment abordées profondément.

 Pour s’impliquer, il faut avoir réfléchi sur soi-même, bien connaître certains sujets, être réellement motivé. N’oubliez pas de synthétiser les points forts de votre candidature.

                                                                      Gilbert Guizlain

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