Définition 

Le terme « préciosité » remonte au XVIe siècle. Il provient du latin pretiosus {pretium = prix) et désigne la mode venue d'Espagne, du Portugal et d'Italie vers 1550, marquée par le raffinement et qui s'est développée pendant tout le XVIIe siècle. Par extension, la préciosité est également la théorie esthétique qui consiste à s’exprimer d’une façon élégante et originale.

Qu'est-ce que la préciosité ?

Une manière d'être

La préciosité est beaucoup une affaire de femmes. Ce sont les « précieuses » qui donnent le ton dans la société mondaine. Ce courant s'exprime :

  • dans les manières (mode raffinée et excentrique) ;
  • dans les sentiments (amour courtois et platonique) ;
  • dans les goûts (goût pour la poésie et le roman).

Un langage

Les précieuses et leur équivalent masculin qu'on appelle les « petits maîtres » s'expriment dans un véritable jargon. L'exagération est la règle. Il ne faut pas employer le mot attendu mais plutôt une périphrase. Il faut châtier son langage et éviter les mots « bas ». On doit cultiver la « pointe », le trait d'esprit.

Un manuel de préciosité : L'Astrée

Honoré d'Urfé transpose dans son roman intitulé L'Astrée la société mondaine de son temps. C'est un roman pastoral, mais c'est surtout un manuel de politesse. Le sujet principal du roman, l'amour, y est présenté dans toutes ses variations mondaines.

Un salon mondain : l'hôtel de Rambouillet

Les premiers salons datent de la fin du XVIe  siècle, mais c'est Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, qui ouvre vers 1608 le premier salon littéraire.

Par réaction contre les mœurs de la cour, elle accueille sur un pied d'égalité des femmes comme Mme de Sévigné, des nobles comme Condé, des prêtres comme Bossuet, et surtout des écrivains comme Voiture qui est l'animateur des discussions.

La marquise de Rambouillet, surnommée « l'incomparable Arthénice » par ses intimes, reçoit allongée sur un lit de repos dans une chambre bleue qui devient fameuse. La période la plus brillante de l'hôtel se situe entre 1630 et 1645. L'art de la conversation et celui du chant composent les distractions, avec de multi­ples petits jeux. Les écrivains viennent lire leurs œuvres. On rivalise d'esprit.

L'amour précieux : la Carte du Tendre

Madeleine de Scudéry fit paraître des romans précieux et galants extrêmement volumineux (10 tomes chacun) : Le Grand Cyrus (entre 1649 et 1653) et Clélie (entre 1654 et 1661). Dans ce dernier roman, on trouve une carte restée célèbre : la Carte du Tendre.

Une anecdote en est à l'origine. Dans le salon qu'elle tenait chez elle, Mlle de Scudéry recevait notamment Pellisson. Celui-ci, qualifié d'« ami parti­culier » demanda combien de temps il lui faudrait pour aller de « particulier » à « tendre ». Le salon s'amusa à tracer une carte.

On y trouve le fleuve Inclination, le lac d'indifférence, la mer d'inimitié, et deux chemins vers le Tendre, très longs, celui de l'Estime et celui de la Reconnaissance. Cette Carte du Tendre est l'illustration même des complica­tions et conventions de l'amour précieux.

La préciosité est-elle ridicule ?

Molière, Boileau et d'autres ont tourné en ridicule la préciosité et les précieuses. C'est, il faut le dire, bien injuste.

Les salons ont développé la vie sociale et ont contribué à raffinement des mœurs. Les précieuses cherchent à fuir les mariages conventionnels, arrangés par les familles : elles revendiquent une certaine liberté de conduite qui nous les rend aujourd'hui sympathiques.

L'excès de raffinement de leur jargon frise parfois le ridicule : ne pas dire un « balai », mais « l'instrument de la propreté », ni non plus un « fauteuil », mais « les commodités de la conversation » est assez grotesque. Mais le style précieux a parfois enrichi la langue française d'expressions imagées, comme « avoir l'intelligence épaisse » ou « perdre son sérieux ». La préciosité a introduit le sens des nuances dans l'analyse psychologique.


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