Le mot baroque vient du portugais barroco qui désigne une perle de forme irrégulière. Il s’oppose donc à l’idée d’une norme qui lui ferait défaut: cette norme, c’est le classicisme, qui supplantera le mouvement baroque et le baptisera ainsi par mépris.

I. Les causes du baroque

1. L’origine italienne

Comme la Renaissance, le baroque est originaire d’Italie. En matière d’architecture, l’art baroque est d’abord un art de la Contre-réforme. Contre l’austérité des temples protestants, qui bannissent les statues, le catholicisme réaffirme la nécessité d’un culte splendide comme support à la piété. Le baroque cherche également à être l’expression de l’optimisme lié aux victoires catholiques lors des guerres de Religion. Celles-ci aboutissent au recul des protestants en Europe et à la victoire contre les Turcs à Lépante (1571), qui libère l’Europe de la menace islamique.

2. La révolution copernicienne

En 1543, l’astronome polonais Copernic rendait publique une nouvelle conception de l’univers selon laquelle la Terre tournait autour du Soleil, et non l’inverse. En détruisant la physique d’Aristote, cette théorie renforce les positions du néo-platonisme : l’idée de Platon selon laquelle nos sens ne nous montrent pas la vérité, accessible seulement par l’esprit, se trouve en effet illustrée par la révolution copernicienne. Nos yeux et tous nos sens nous montrent que la terre est immobile et que le Soleil tourne au-dessus de nos têtes, or notre raison nous démontre le contraire. Dès lors, on comprend l’importance du thème de l’instabilité chez les baroques, il vise à opposer le monde des apparences, fragile et trompeur, à la stabilité invisible mais intelligible de l’au-delà.

II. Les caractéristiques du baroque

1. L’illusion

Les sens nous trompent, la vérité est à chercher ailleurs. Cette philosophie se traduit dans les beaux-arts par la multiplication des trompe-l’œil, qui sur les toiles comme aux plafonds des édifices baroques donnent l’illusion d’un relief qui n’existe pas. La littérature développe les métaphores de l’illusoire avec les ombres, les brouillards, les rayons de lumière, les arcs-en-ciel.

2.  L’instabilité

L’architecture baroque traduit l’instabilité du monde par des courbes et des colonnes torses donnant à l’immobile l’apparence d’un mouvement. La sculpture développe aussi les thèmes du vol ou de la course, les draperies qu’un souffle semble animer. La littérature, la peinture développeront aussi les thèmes de l’instabilité à travers les images de l’eau courante et toutes les figures de la fragilité : la bulle de savon, le verre de cristal à l’équilibre instable, le papillon. Mais on souligne par contraste la permanence de Dieu, et l’on invite à se tourner vers les vérités de la foi en se détournant des illusions d’ici-bas.

3. L’obsession de la mort

Les guerres de Religion ont rappelé que l’instabilité de l’Histoire est bien plus nette que l’illusion d’une ascension continue. L’art baroque met donc l’accent sur l’horreur et la mort. On trouve dans les églises de Bavière des cadavres exposés dans des cercueils de verre, les sculptures multiplient les squelettes en mouvement, images de la fragilité de la vie humaine que la peinture reprend dans ses vanités, où quelques symboles de l’éphémère disposés autour d’un crâne font méditer sur notre condition mortelle. Et la littérature n’est pas en reste : la violence de ses images et de ses scènes ne s’explique que par le besoin de frapper l’imagination de lecteurs qui, durant les guerres de Religion, ont été témoins des pires atrocités.

III. La littérature baroque

1. Le théâtre

Le théâtre devient le lieu par excellence de la pensée baroque, puisqu’il repose sur l’illusion. Se développe en particulier le principe du théâtre dans le théâtre, qui inclut une pièce à l’intérieur de la pièce c’est le cas dans Hamlet de Shakespeare, dans Le Grand Théâtre du monde de Calderôn, et, en France, dans Le Véritable Saint Genest de Rotrou ou L’illusion comique de Corneille. Il s’agit de souligner l’idée du théâtre du monde selon laquelle la société, et plus largement le monde d’ici-bas, n’est qu’une pièce où chacun joue un rôle, où tout ne repose que sur l’apparence.

2. La poésie

La poésie baroque est représentée dès le XVIe siècle par Jean de Sponde (1557-1595) et Agrippa d’Aubigné (1552-1630), seigneur protestant qui, dans ses Tragiques, attaquera violemment les catholiques avec des images d’une violence rare. Au début du XVIIe, Marthurin Régnier (1573-1613), Théophile de Viau (1590-1626) et Saint-Amant (1594-1661) sont les plus illustres représentants de la poésie baroque. Il faut enfin citer Malherbe (1555-1628) qui, baroque à ses débuts, deviendra le principal théoricien du classicisme.

IV. Textes baroques

 

Texte1:  La vie est un songe, Jacques Vallée DES BARREAUX   (1599-1673)

Tout n'est plein ici bas que de vaine apparence, 
Ce qu'on donne à sagesse est conduit par le sort, 
L'on monte et l'on descend avec pareil effort, 
Sans jamais rencontrer l'état de consistance.

Que veiller et dormir ont peu de différence, 
Grand maître en l'art d'aimer, tu te trompes bien fort 
En nommant le sommeil l'image de la mort, 
La vie et le sommeil ont plus de ressemblance.

Comme on rêve en son lit, rêver en la maison,
Espérer sans succès, et craindre sans raison,
Passer et repasser d'une à une autre envie,

Travailler avec peine et travailler sans fruit, 
Le dirai-je, mortels, qu'est-ce que cette vie ? 
C'est un songe qui dure un peu plus qu'une nuit.

Texte 2 :  William Shakespeare, Hamlet,1600- 1601, acte III, scène I, trad. François-Victor Hugo

Le roi du Danemark, père d'Hamlet, a été tué par son frère Claudius. Après avoir pris sa place sur le trône, il épouse la veuve de son frère qui est aussi la mère d'Hamlet. Le fantôme du mort vient conjurer Hamlet de la venger. Hamlet hésite et, pour éviter de passer à l'acte, feint la folie... Il est même tenté par le suicide qui lui permettrait de se soustraire à sa vengeance, à son devoir, à son destin.

Entre Hamlet.

HAMLET. - Être, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et l'arrêter par une révolte ? Mourir... dormir, rien de plus ; ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir! dormir! peut-être rêver! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie? Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d'une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes, se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d'action... Doucement, maintenant! Voici la belle Ophélia... Nymphe, dans tes oraisons souviens-toi de tous mes péchés.

 



 


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