Quelques ouvrages d'analyse sur le thème soumission et servitude

Servitude et soumission

Servitude et soumission

L’Essentiel sur Servitude et Soumission, Prépas scientifiques 2017-2018

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Un des thèmes centraux de la pièce est celui de l’individualisme, le combat d’une personnalité qui cherche à s’affirmer librement. Servitude et soumission sont ainsi des thèmes présents dans cette pièce et sont étudiées à travers différents niveaux de relations.

La relation de pouvoir établie entre mari et femme dans l’institution du mariage est mise en scène dans la bourgeoisie norvégienne du XIXe siècle. Pour les Européens de ce temps, la pièce présentée par Ibsen est scandaleuse. L’œuvre s’affranchit des liens sacrés du mariage, bouscule l’image de l’instinct maternel, accable le statut de l’homme marié : l’époux n’est plus irrévocable, il ne possède plus une épouse toute entière soumise et dévouée à son foyer.

Nora n’est cependant pas le seul personnage soumis. Tous, y compris le docteur Rank lui-même qui ne peut échapper au poids de l’hérédité d’une maladie incurable, subissent le poids de la soumission. Helmer et Krogstad sont esclaves des préjugés et de l’argent.

 

1- L'espace fermé de la servitude 

L’espace enclos de la scène est tout à fait significatif de l'enfermement des personnages.

Maison de poupée est le théâtre de l’existence de Nora qui incarne au début de la pièce une sorte de paradigme féminin de son temps. Elle est une épouse gaie, enjouée, coquette et tendre. Elle veille au bonheur de la maison, c’est son engagement. Ses codes moraux sont ceux de la sollicitude et de la solidarité. Elle ne comprend pas pourquoi la loi pourrait la condamner d’avoir sauvé son mari.

Le raisonnement de Krongstad qui s’appuie sur les règles d’une justice essentielle- ment masculine lui est incompréhensible. Nora est enfermée dans cette vie où elle se sent protégée par son mari, à l’abri des tracas du monde extérieur. Sa vie se limite à son espace privé.

Les portes font appréhender cet espace clos. Lorsqu’elle réalise que sa vie peut désormais basculer sous l’effet d’une menace extérieure, chaque coup de sonnette la précipite dans l’angoisse. Si elle quitte sa maison, celui par qui le scandale peut arriver, Krogstad, risque d’entrer. La voilà donc enfermée, cette fois pour sauver son univers. Lorsqu’elle ouvre enfin la porte de son appartement et fait claquer celle de l’immeuble à la fin de la pièce, pour sortir de ce qui est désormais pour elle devenu une prison, le geste est libérateur.  Elle n’est soudain plus un personnage, elle devient une personne.

Helmer s’est quant à lui forgé sa prison. Il conduit sa vie par des considérations d’ordre matériel et des principes moraux régis par le droit et la justice. Il est jusqu’à la fin de la pièce prisonnier de lui-même.

2- La soumission au regard de l'autre

Une autre forme de servitude présente également chez Helmer, celle liée au « qu’en dira-t-on » : il apparaît tout au long de la pièce paralysé par ce que peuvent penser de lui les autres, notamment ceux qui constituent son entourage professionnel. Ainsi, Helmer ne peut accepter que son ancien ami Krogstad continue à le tutoyer à la banque dès qu’il en sera le directeur. C’est une des raisons qu’il avance auprès de sa femme pour expliquer qu’il ne peut garder son vieil ami en disant de lui dans l’Acte II : « D’ailleurs il y a une chose qui fait qu’il est absolument impossible que Krogstad reste à la banque aussi longtemps que je serai directeur. […] il se gargarise à tout bout de champ de « dis donc, dis voir, Helmer ». Je t’assure que c’est extrêmement pénible pour moi. Il rendrait ma situation intenable à la banque. »

Pour lui, seule la position sociale en lien avec l’argent, compte. Cette conception matérialiste constamment présente se manifeste sous forme d’aveu lorsqu’Helmer découvre la lettre de dénonciation. « J’aurais tout supporté pour toi, soucis et privations, mais il n’y a personne qui offre son honneur pour l’être qu’il aime ». Il pense avant tout autre considération aux conséquences que cette affaire aura sur sa carrière. Ainsi, déclare-t-il à Nora dans l’acte III : « Tu as ruiné mon bonheur. Tu as anéanti toutes mes perspectives d’avenir. Oh ! c’est terrible de penser à cela.[…] Me voilà lamentablement réduit à sombrer dans le néant et à périr, à cause de la légèreté d’une femme. » Lorsque Nora évoque la possibilité de disparaître, son mari ne s’en émeut guère et reste figé par ses pensées sur sa réputation : « A quoi cela me servirait-il que tu aies quitté ce monde, comme tu dis ? Cela ne me servirait absolument à rien […] À partir d’aujourd’hui, il n’est plus question de bonheur. Il ne s’agit plus que de sauver les restes, les résidus, les apparences… » Dès que la lettre d’engagement de Nora lui est restituée, les premiers mots qui lui viennent à la bouche sont : « […] Non, je vais encore la relire. Si, si, c’est bien cela. Je suis sauvé ! Nora, je suis sauvé ! »

Ce bon père de famille qui se décrivait auprès de son épouse comme un héros à l’acte II : « Quand la situation l’exige, tu peux être sûr que j’ai le courage et les forces nécessaires. Tu verras que je suis homme à tout prendre sur moi. » se montre égoïste et pitoyable. Helmer n’est pourtant pas un individu mauvais, son comportement est davantage celui d’un être asservi par la loi et les normes sociales. Quand Nora lui annonce qu’elle va le quitter, il lui rappelle ses devoirs d’épouse et de mère : « Oh ! C’est révoltant. Peux-tu trahir tes devoirs les plus sacrés ? […]. Tu es d’abord et avant tout épouse et mère. »

3- Affranchissement des codes sociaux

Les codes de la famille classique d’une famille bourgeoise utilisés par Ibsen dans la pièce volent en éclat à la fin au point qu’il lui fallut malgré lui modifier de nombreuses fois la fin de sa pièce. Les notes de travail d’Ibsen au sujet de cette pièce laissent supposer que la pensée de l’auteur est celle d’un réformateur : « Il existe deux sortes de lois spirituelles, et deux sortes de consciences, une dans l’homme et une, tout autre, dans la femme. Ils ne se comprennent pas, mais la femme est jugée dans la vie pratique d’après la loi de l’homme, comme si elle n’était pas une femme mais un homme. L’épouse de la pièce ne sait à quel saint se vouer pour distinguer le juste de l’injuste. Le sentiment naturel d’un côté, la foi aveugle en l’autorité de l’autre, la rendent tout à fait perplexe. Une femme ne peut pas être elle-même dans la société actuelle, qui est exclusivement une société d’hommes, avec des lois écrites par les hommes et avec des accusateurs et des juges qui examinent la conduite des femmes d’un point de vue d’homme. »

Même si Ibsen fait voler en éclat les liens sacrés du mariage, ce n’est pas aux structures en place de la société qu’il s’en prend. Sa démarche est plus profonde, c’est à l’être humain, c’est à la Personne qu’il s’intéresse. C’est de la personne humaine qu’il attend

« le plus grand prodige ». Nora a pris désormais conscience de ses devoirs envers elle- même, elle s’est affranchie du cadre traditionnel de la famille. Elle condamne ce cadre qui a fait d’elle une enfant, en déclarant à son mari : «Des mains de papa j’ai passé aux tiennes ; j’ai été poupée-femme chez toi, comme j’avais été poupée-enfant chez papa, je veux dire que toi et papa, vous avez été bien coupables envers moi. À vous la faute, si je ne suis bonne à rien. » Elle ne croit plus à ce modèle qui l’a rendue esclave : «Je ne crois plus à cela. Je crois qu’avant tout je suis un être humain, au même titre que toi… . ou au moins que je dois essayer de le devenir. Je sais que la plupart des hommes te donneront raison, et que ces idées-là sont imprimées dans les livres. Mais je n’ai plus le moyen de songer à ce que disent les hommes et à ce qu’on imprime dans les livres. Il faut que je me fasse moi-même des idées là-dessus, et que j’essaie de me rendre compte de tout. » 

Sa détermination est forte au point de ne pas succomber aux accusations de son mari sur son manque de sens moral : « […] je ne veux plus me contenter de ce que les gens disent et de ce qu’il y a dans les livres. Il faut que je réfléchisse moi-même à ces choses et que je tâche de voir clair en elles. »

Peut-être la lucidité face à la mort incarnée par le docteur Rank a-t-elle conduit Nora à vouloir choisir librement sa vie?

Nathalie Le Franc, extrait de "Maison de Poupée", in Servitude et soumission, Ellipses, 2016

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