La poésie en prose apparaît dès le XIXe siècle dans les œuvres de Baudelaire et Rimbaud ; Verlaine invente le vers impair et le vers libre fait son apparition, sans rime ni métrique fixe. Le XXe siècle s’attache à développer ces formes nouvelles et à en exploiter l’infinie richesse.

► LE VERS LIBRE

Né à la fin du XIXe siècle, le vers libre s’affranchit des contraintes de la poésie classique afin de créer des effets de musicalité nouveaux. Il s’appuie sur deux procédés essentiels : L’effacement de la rime. Dans un poème en vers libres, la rime n’est plus systématique. En renonçant à la rime, le poète renforce le principe des échos entre les mots qui se répondent dans tout le poème.

Une métrique irrégulière. Le vers libre abandonne la métrique classique. Le nombre de syllabes de chaque vers n’est plus régulier, ce qui donne au poème des rythmes nouveaux.

Et dans les trous
Les roues vertigineuses les bouches les voies
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord

Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, 1913, Éd. Denoël.

Le nombre de syllabes de chaque vers n’est pas régulier, des mètres différents alternent et suscitent un rythme heurté qui s’harmonise avec le monde moderne.

► LE POÈME EN PROSE

La prose est une forme poétique à part entière depuis le milieu du XIXe siècle. C’est Baudelaire qui définit le mieux ce genre nouveau : « Une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience. » Trois grands procédés permettent d’identifier le poème en prose.

La structure narrative. Le poème se rapproche de la prose par son aspect narratif. La strophe ressemble au paragraphe.

Le jeu sur les sonorités. Les sonorités du poème en prose lui donnent une musicalité propre à déclencher la rêverie. Un tissu d’échos, d'assonances et d’allitérations se met en place. L’importance accordée aux images. Les Images donnent une cohésion au poème en prose. Dispersées dans tout le poème, elles en assurent l’unité thématique et poétique.

« Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable... » Francis Ponge, « Le Pain », Le Parti pris des choses, 1942, Éd. Gallimard.

L’architecture sonore du poème le distingue d’un texte en prose traditionnel. Le texte narratif s'efface au profit d’effets purement descriptifs. Comparaisons et métaphores envahissent le poème, qui se prête au jeu sur les mots et libère le langage de ses contraintes habituelles.

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